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« Le financement des études cliniques constitue pour nous un défi colossal »

Entretien avec Pr Jean-Pierre Bourquin, médecin chef à l’hôpital pédiatrique de Zurich, sur les succès du traitement de la leucémie grâce à la recherche clinique et à de nouvelles approches thérapeutiques.

Porträt Nicolas Waespe

Dr Bourquin, vous êtes spécialisé dans le traitement des leucémies, la forme de cancer la plus fréquente chez les enfants. Qu’est-ce qu’une leucémie exactement?
La leucémie aiguë lymphoblastique (LAL) est une affection maligne du système hématopoïétique. C’est l’un des diagnostics les plus fréquents en oncologie pédiatrique. En Suisse, environ nouveaux 70 cas sont découverts chaque année. Normalement, les cellules sanguines se multiplient et se renouvellent de manière équilibrée en passant par un processus de maturation complexe. Dans le cas de la LAL, ce processus est complètement perturbé. De nos jours, les enfants atteints de ce type de leucémie ont d’excellentes chances de survie mais il reste encore beaucoup à faire. D’un côté, le traitement des leucémies résistantes à la chimiothérapie conventionnelle et à la transplantation de cellules souches reste un défi majeur; d’un autre côté, les séquelles sont malheureusement trop souvent problématiques, en particulier chez les patients nécessitant un traitement très intensif.


Quels sont les progrès accomplis dans le traitement des leucémies au cours des dernières décennies grâce à la recherche clinique?
Jusqu’au début des années 70, un diagnostic de leucémie équivalait en principe à un arrêt de mort. Pourtant, au début des années 60, on disposait déjà d’un certain savoir issu de la recherche contre le cancer, notamment d’importantes découvertes établies à partir d’un modèle murin de la LAL. A l’époque, en dépit de la résistance générale des pédiatres, des pionniers avaient ainsi proposé d’utiliser une combinaison d’agents chimiothérapeutiques multiples pour traiter la LAL. Ce concept est resté la base du traitement de la LAL jusqu’à aujourd’hui. Il faut s’imaginer les conditions de l’époque: il n’y avait pas encore de bons médicaments antiémétiques et peu d’antibiotiques efficaces pour lutter contre les infections. Ce concept a néanmoins permis, en une seule étape de traitement, de guérir plus de la moitié des patients atteints. Ce moment correspond à la naissance de l’oncologie moderne. C’est à partir de là qu’ont été établies progressivement les normes de traitement actuelles grâce à des études cliniques réalisées en coopération internationale. Aujourd’hui, il nous faut intégrer une multitude de nouvelles possibilités aux thérapies pour permettre un traitement encore plus efficace et moins toxique.


Pourquoi les études internationales sont-elles si importantes dans ce domaine?
Deux aspects des études internationales sont particulièrement essentiels: d’une part, nous traitons des maladies rares et avons donc besoin d’un nombre critique de patients et de compétences spécialisées pour concevoir de nouvelles thérapies. Et cela n'est possible que dans le cadre d’une bonne mise en réseau internationale. D’autre part, en Suisse, nous ne pouvons assumer notre responsabilité d’être l’un des pays leaders dans le domaine de la recherche et du développement que si nous participons activement avec de nouveaux projets et de nouvelles idées. Ce n'est qu’ainsi que nous faisons partie de ce réseau, que nous avons accès à de précieuses connaissances et que sommes au service direct de nos patients.


Les chances de survie élevées pour la leucémie illustrent de façon impressionnante le nombre de petites avancées qui ont été nécessaires dans la recherche clinique pour obtenir ces grandes réussites. Quelle direction cette recherche prend-elle aujourd’hui?
Pour améliorer les chances des patients atteints de leucémies résistantes aux thérapies, il faut s’orienter vers une plus grande personnalisation du traitement à la biologie de la leucémie. Il existe de nouvelles approches, dont les immunothérapies, mais aussi toute une gamme de nouvelles substances qui peuvent intervenir dans les mécanismes de la maladie. Comme dans les années 60, nous devons aujourd’hui apprendre à trouver les combinaisons efficaces et l’application clinique correcte. D’autre part, cette époque pionnière nous a également montré que la moitié de nos patients atteints de LAL pourraient guérir avec un traitement moins intensif. Les groupes de travail internationaux testent des méthodes permettant d’identifier ces patients de manière certaine et de procéder à une désescalade thérapeutique. 


Qu’entend-on exactement par médecine personnalisée: quelles sont les opportunités offertes aux jeunes patients?
Par médecine personnalisée, on entend des méthodes qui permettent une conception personnalisée du diagnostic et du traitement de la maladie, un objectif que nous poursuivons depuis toujours dans la médecine. Aujourd’hui, nous espérons accélérer les progrès car les connaissances sur la biologie de la maladie se sont considérablement améliorées. Il s’agit par exemple de définir des marqueurs précis pour mieux classer la maladie et de détecter très précisément la maladie résiduelle durant le traitement. Il s’agit également de méthodes permettant de tester l’effet antileucémique de nouvelles substances directement sur les cellules des patients et d’appréhender ainsi la maladie de manière plus fonctionnelle. Nous travaillons intensément au développement de ces méthodes et testons leur utilité au sein de notre clinique.


Qui finance ces approches de recherche innovantes et que souhaitez-vous pour l’avenir?
Dans le domaine des maladies infantiles rares, la recherche clinique ne peut pas s’effectuer dans une optique de rentabilité. Ni le système de santé ni l’industrie pharmaceutique ne sont en mesure d’en prendre la totalité en charge. C’est pourquoi cette tâche incombe avant tout aux universités et ne peut être financée que par des ressources extérieures et des dons. Le financement des études cliniques constitue pour nous un défi colossal. Sans la générosité des dons, nous ne pouvons pas rémunérer les emplois dans les cliniques qui sont nécessaires à la mise en place et à la réalisation des études. Notre système de soins de santé est bien conçu pour les thérapies établies, ce dont je me félicite, mais nous avons un besoin urgent de dons pour réaliser des investissements à l’avenir. Par ailleurs, nous souffrons tous de la croissance rapide de l’hyper-régulation de notre recherche clinique. Cela ne peut plus continuer ainsi car nous sommes de plus en plus bloqués. Nous avons besoin de solutions solides pour pouvoir employer suffisamment de collaborateurs, comme des médecins, des gestionnaires de données ou du personnel de laboratoire, dans la recherche. Ce n’est qu’ainsi que nous parviendrons à faire avancer efficacement la recherche clinique. J’aimerais voir plus d’enthousiasme de la part de la société pour la recherche et l’avenir ainsi qu’un bon contact avec nos politiciens pour aborder de manière pragmatique le problème de l’hyper-régulation de notre activité.

 

Environ 60 pour cent des coûts de la recherche clinique sont financés par des dons. Afin d’améliorer les chances de guérison et la qualité de vie des enfants atteints de cancer, la recherche clinique a besoin d'être soutenue financièrement.

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